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Les bouquins du mois
Romans ou essais, livres politiques ou pas, nous vous ferons part deux fois par
mois de nos coups de cœurs ou déceptions. Cette rubrique vous est également
ouverte. Vous avez un texte à proposer ? Adressez le à :
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« Mignonne allons voir …. Ségolène et nous» Marc Lambron - Editions Grasset De formules assassines, en raccourcis faciles mais toujours drôles et percutants, Marc Lambron nous livre dans un livre brouillon, créatif, subtil, son analyse du succès de Ségolène Royal chez le « peuple de gauche ». Il émet trois hypothèses comme autant de clés potentielles. Elle serait « un virus » qui s’attaque simultanément à trois gauches, selon lui « exténuées » : la marxiste, la libertaire, la socialiste. En elle se retrouverait également, un peu comme avec François Mitterrand à l’époque, « l’inconscient de droite de la gauche ». Marc Lambron la soupçonne enfin de « jouer secrètement sur le clavier religieux d’une France en mal de croyances ». C’est peut-être lui prêter beaucoup, ce que l’écrivain reconnaît bien volontiers.
L’intérêt de ce livre réside finalement moins dans le portrait (bienveillant ?) en pointillisme de la candidate du parti socialiste aux élections présidentielles que dans une restitution, romancée, littéraire, mais qui sonne juste, du socialisme français, de son histoire contemporaine et de ses contradictions. Des pages savoureuses sur les « 30 commandements » du nouveau gauchisme fun et fluo..Le 30ème en apothéose, que j’ai gardé pour la fin : « les causes de mon malheur sont toutes extérieures à moi-même. Je ne suis responsable de rien, mais victime de tout ». Un petit air de déjà vu ?
Laurence Azzéna-Gougeon
« Voyage aux pays du coton. Petit précis de mondialisation ». Erik Orsenna. Ed.Fayard Comprendre le phénomène de globalisation économique par un petit bout d’étoffe…c’est le pari d’Erik Orsenna et c’est un pari réussi. Superbe récit, mi journaliste mi poétique. On apprend une foule de choses sans jamais s’ennuyer. Des champs ultra mécanisés de la province du Mato Grosso qui grignotent inexorablement la forêt amazonienne à ceux du Texas où les paysans ne touchent plus le sol, aux exploitations encore familiales du Mali, en passant par le négoce en Egypte, les fermes collectives d’Ouzbékistan, les usines de filature des Vosges…des tableaux saisissants et de beaux portraits d’individus et de rencontres.
L’on ne résistera pas à l’une des conclusions de l’auteur, ancien conseiller de François Mitterrand, peu suspect de « sarkozysme » :
« Un beau jour, vers la fin du 20ème siècle, la France a choisi de travailler moins. J’ai pu constater que cette décision dite « loi des 35 heures », était, partout où je suis allé, considérée comme une bizarrerie et surtout comme une aubaine pour tous les autres pays, nos concurrents. Lesquels jugeaient que la mondialisation imposait plutôt de travailler davantage. Pis, je me suis rendu compte, revenant au bercail, que le travail n’avait plus chez nous la même valeur qu’il avait ailleurs.. On lui donnait sa part, rien que sa part, bornée par d’impérieux loisirs. N’est-ce pas ainsi qu’ont commencé tous les déclins ? »
A lire d’urgence..Vous ne verrez plus votre tee-shirt made in China de la même manière!
« La tragédie du Président. Scènes de la vie politique - 1986-2006 » Franz- Olivier Giesbert. Flammarion. Dans un ouvrage qui est sans nul doute un des meilleurs du genre, le journaliste livre vingt ans de notes sur la vie politique et ses entretiens avec l’actuel Président de la République. Ceux qui ont suivi de près ou de loin la politique apprécieront en connaisseurs le rythme et le coté très documenté de l’ouvrage, qui fourmille d’anecdotes. Les autres, sous l’éclairage particulier que donne l’auteur de ces différentes séquences politiques des « années Chirac », pourront interpréter les faits d’aujourd’hui à la lumière d’hier. Beaucoup de portraits, certains féroces, d’autres moins. Nul n’est-il épargné, vraiment ? Féroce avec Edouard Balladur, l’auteur est prudent avec Nicolas Sarkozy.
C’est vrai, c’est bien écrit et cela se lit comme un roman. Alors, évidemment, on ne peut s’empêcher de se demander où s’arrêtent les commentaires off et où commence l’arrangement romancé des faits. A ses détracteurs, qui lui reprochent d’avoir usé de sa proximité avec le chef de l’Etat pour livrer des secrets bien gardés, l’auteur oppose sa formule : « Si l’on veut garder sa part d’ombre, il ne faut pas fréquenter les journalistes ». Dont acte… En refermant ces pages, on se dit que la « tragédie » du Président est peut-être tout simplement in fine celle du pouvoir…Un ouvrage passionnant même s’il est plus facile de l’écrire en fin de partie qu’en début de quinquennat.
« Le livre noir de la condition des femmes », Christine Ockrent - Editions XO. . Pile dans l’actu au moment de la journée de la femme, un remarquable ouvrage collectif dirigé par la journaliste Christine Ockrent dans lequel quarante femmes et hommes livrent leurs expériences ou analyses sur le sort fait aux femmes dans les quatre coins de la planète. Des prisonnières violées en Irak, au déséquilibre démographique entre filles et garçons en Asie pour cause d’avortements « ciblés », en passant par les crimes d’honneur en Jordanie ou l’enquête sur les violences conjugales au Pérou ou au Bangladesh, les exemples donnés et éclairages proposés sont variés. Ils concernent aussi l’Europe et les Etats Unis, que l’on parle d’égalité salariale ou de l’image de la femme dans nos feuilletons. Malgré le titre, pas de pessimisme aigu. Des avancées sont également présentées, avec le constat d’une prise de conscience dans certains pays en voie de développement de la nécessité de mobiliser les femmes pour augmenter le niveau de vie, éduquer les filles et plus généralement faire évoluer les mentalités. A lire d’urgence donc pour celles –et ceux- qui s’intéressent au sujet.
La société de la peur. Christophe Lambert. Editions Plon. Pourquoi notre pays semble-t-il souffrir d’une dépression généralisée ? Ce publicitaire s’interroge sur les raisons pour laquelle la France est passée en moins de trente d’une société de l’espoir à une société du doute, puis de la peur. Un tournant à rechercher selon lui au début des années 80, avec l’installation du chômage de masse, l’apparition simultanée de golden boys et de nouveaux pauvres qui ont « déstabilisé les classes moyennes, persuadées jusque là de leur toute puissance et de leur avenir : il fallait désormais devenir riche, très riche, ou fonctionnaire pour sortir de la zone de risque ». Après avoir recensé quelques unes de ces peurs (l’intolérance au risque matériel qui conjugue la peur de prendre son emploi à celle de perdre son statut, la peur de l’autre, l’intolérance au risque d’isolement, renforcé par le développement de « la société des écrans », la peur de vieillir), l’auteur rappelle la responsabilité d’une partie de la classe poltique qui a choisi par deux fois au moins (1981, 1995) de spéculer sur ces peurs en diabolisant à l’excès le libéralisme, et in fine théorisé l’impuissance publique. Dans une société finalement bloquée et bipolaire (laïcité contre intégrisme, salariés du prive surexposés à la globalisation contre fonctionnaires sur la défensive, profit contre protection sociale, opulence contre précarité ,oui contre non etc..) se développe la violence sociale dont les grandes grèves de 1995 furent l’une des premières manifestations. On ne rappelera pas les autres…
Une analyse-portrait de la société française éclairée sous un angle pertinent, même si le débat reste assez light et les pistes de réflexion pour l’avenir plus légères encore.
« L’autre mondialisation « Dominique Wolton. Flammarion. (2003). C’est un essai un peu sciences-po certes, mais passionnant. Sommes tous réellement « citoyens du monde » et capables d’assimiler les cultures les plus diverses ? Existe-t-il une sorte de culture mondialisée dans laquelle chacun puiserait à son aise ? Dans un réquisitoire pour la diversité culturelle Dominique Wolton, directeur de la revue Hermès et chercheur au CNRS, démontre pourquoi, si l’Autre est plus accessible aujourd’hui, il n’en est pas plus compréhensible et comment, à force de parler de mondialisation économique, on en oublie les conséquences de l’autre mondialisation, dont dépend peut-être la paix de demain.
L’auteur se propose donc de penser les conditions de la mondialisation de l’information et de la communication afin qu’elle ne devienne pas une bombe à retardement. Quelques extraits :
« La mondialisation n’est pas seulement politique ou économique mais également culturelle. Elle concerne la cohabitation culturelle au plan mondial…Le décalage est considérable entre la place que prend la mondialisation économique, la difficulté à mettre en place une organisation politique à la même échelle, et le silence sur les enjeux liés à la mondialisation de la culture et de la communication. »
« La fin des distances physiques révèle l’importance des distances culturelles », « L’augmentation de l’information ne signifie pas une meilleure communication…plus il y de communication, d’échanges, d’interactivité et donc de mobilité, plus il y a simultanément, besoin d’identité…Plus les individus circulent, s’ouvrent au monde, participent à la modernité et à une sorte de culture mondiale, plus ils éprouvent le besoin de défendre leurs identités culturelles, linguistiques, régionales. »
« La mondialisation de l’information rend le monde plus petit, mais très dangereux … Si le monde est devenu un village global sur le plan technique, il ne l’est pas sur le plan social, politique et culturel ».
A lire d’urgence par tous ceux qui s’intéressent au triangle culture, identité et communication, nouvel enjeu politique national..et mondial.
Laurence
Le Requin et la mouette – Dominique de Villepin Derrière le titre marin, on aurait pu croire qu’un Johnathan Villepingstone (mouette ou goèland) allait nous servir de l’altitude où il évolue depuis 1995 des points de vue de haute volée intellectuelle sur notre société française. C’est en fait l’ancien chef de la diplomatie francaise qui s’exprime, expliquant la position française dans le nœud irakien. Il replace le conflit dans son contexte, dans un monde qui en se globalisant peine à se structurer. Il insiste avec brio sur la nécessité du multilatéralisme et convainc le lecteur de la légitimité de la ligne de défense française face aux Etats-Unis (serait-ce eux le Requin ?). Après une analyse sur le monde contemporain, le futur ex-ministre de l’Interieur premier-ministrable ouvre sur la situation sociale en France. Rien de trop engageant, il faut rester prudent. Seulement des principes louables et généreux qui gagnent évidemment à être répétés. Il ne reste plus qu’à les appliquer avec vigueur.
Gildas
Mes Fauves - Jean-Marie Rouart (Grasset, 2005) De ce livre qui a bénéficié d'une couverture médiatique pour le moins complaisante, nous avons tous retenu la formule qui fit mouche : « Sarkozy, le fils que Chirac n'a pas eu avec Balladur (pour ceux d'entre vous qui, trop jeunes, ne savent pas qui est E. Balladur, envoyer un courriel). A part ça ? Un recueil de portraits dans un style toujours impeccable. Nos fauves nationaux, principalement des hommes politiques, sont classés en quatre grandes catégories : les hommes pressés, ceux qui ont un train de sénateurs, les héritiers conquérants, les révolutionnaires dans un fauteuil, les fauves apaisés. L'ensemble est un peu ecclectique, à l'image des « sujets » choisis. Belles lignes (incluant un discours d'accueil prononcé sous la Coupole) sur Valéry Giscard d'Estaing. Comme on pouvait s'y attendre, un tel exercice de style rencontre vite ses limites. Compilation d'articles ne vaut pas livre et l'on referme celui-ci en restant sur sa faim. Du même auteur, préférer son ouvrage précédent : « l'Adieu à la France qui s'en va » (2003, même éditeur). Ceci par exemple : « je me sentais relié à un passé commun, à des épreuves, à d'autres vies. Un sentiment moins d'appartenance à un pays, à une communauté, qu'à une belle idée qui comme une lumière, avait guidé tant d'hommes à se hisser au-dessus d'eux -mêmes. Ce sentiment poignant, c'était celui de la France. » Ceux qui aiment les envolées post romantiques mâtinées de nostalgie apprécieront…
Laurence
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